Interview de Arnaud Héritier, du comité de sélection des présentations de Devoxx France 2014

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Devoxx France 2014, la conférence Java aura bientôt lieu à Paris. Le comité de sélection des Présentations est donc en plein travail pour préparer le programme. De nombreuses propositions, meilleures les unes que les autres, sont encore soumises chaque jour.

Arnaud Héritier, que l'on connaît déjà pour sa participation aux Cast Codeurs, à divers JUG comme orateur ou membre de l'organisation, comme auteur, comme expert du monde Java et Devops confirmé, participe également au fonctionnement du CFP.

Il a volontiers accepté de répondre à quelques questions à propos de son parcours, de Devoxx mais aussi du travail de sélection des présentations. Il nous donne quelques conseils pour rendre les propositions plus vendeuses/sexy et plus en adéquation avec les thèmes de l'édition. 1 commentaire Donner une note à l'article (5)

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I. Introduction

Nous avions déjà eu le plaisir d'interviewer (lire l'interview ici) d'Arnaud Héritier et Nicolas de Loof lors de la sortie du livre sur Maven qu'ils ont coécrit en 2009. Aujourd'hui, c'est plus particulièrement à Arnaud que nous nous intéressons dans le cadre de son engagement dans l'équipe qui sélectionne les conférences de Devoxx France 2014. Les propositions soumises sur le site du CFP (Call For Paper) ne sont pas toutes acceptées, loin de là d'ailleurs. Arnaud nous explique pourquoi.

Dans cette interview, Arnaud revient sur son parcours et son métier de Devops. Il nous parle de Java, de son écosystème et de la concurrence qui s'organise autour de JavaScript notamment. Il nous présente également sa vision de la communauté Java et du futur.

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Arnaud Héritier

II. Présentation d'Arnaud

Arnaud, peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Je viens d'avoir trente-sept ans, j'ai trois enfants et une femme formidable (il va sans dire). Cela fera bientôt quinze ans que je travaille dans l'informatique. Je suis tombé dans l'informatique assez jeune, impressionné par les mouvements d'une tortue représentée à l'écran par un triangle sur les écrans de TO7. J'ai beaucoup joué sur un Atari 1040 STe mais j'y ai surtout découvert le monde des demo-makers qui mettaient tout en œuvre pour exploiter une carte graphique 16 couleurs en résolution 320x200. J'ai réellement commencé à « codouiller » des bouts de démos en assembleur ou turbo pascal sur mon premier PC : un 486.

Suite à cela j'ai fait des études en informatique en allant tranquillement à la FAC (Paris 6) où j'ai obtenu une maîtrise en systèmes et réseaux puis un DESS en Génie des Logiciels Applicatifs.

Je suis naturellement un touche-à-tout. J'ai autant apprécié d'étudier les couches basses des systèmes et réseaux que les couches hautes (applicatives).

Ma carrière est aussi à cette image ; j'ai varié les plaisirs tant au niveau des postes que des types de structures en travaillant pour des éditeurs de logiciels, des cabinets de conseil ou des SSII de différentes tailles.

Depuis 2009 je travaille chez l'éditeur de logiciel eXo qui développe en open source une plate-forme sociale et collaborative d'entreprise, et s'engage depuis 2003 dans la création et la promotion des standards ouverts du Web et du monde Java. Nous commercialisons notre produit historiquement en mode « on-premises » et récemment en mode SAAS.

Tu travailles sur quelles technos ?

Quand j'ai besoin de développer des applications, je me tourne souvent vers Java, que je côtoie depuis plus de dix ans. Il m'arrive aussi de programmer en Groovy via Grails ou Play Framework.

Si je veux aller très vite sans trop regarder à demain, il m'arrive aussi de me rabattre sur du bon vieux PHP (non que l'on ne puisse pas faire du pérenne en PHP, mais personnellement c'est en dehors de ma zone de confort). Avec ma casquette OPs (sysadmin) je vais surtout utiliser du Bash, du Ruby et des outils de configuration management comme Puppet.

Quand on tape ton nom sur Google, on trouve beaucoup de références à Maven. Quelle en est la raison ?

Vieille histoire d'amour entre Apache Maven et moi. Cela a commencé dans les années 2001/2002 où en SSII après quelques projets similaires (de petites web applications à déployer dans un Tomcat) je commençais à me fatiguer à gérer les X copies de scripts Ant et les N bibliothèques dupliquées dans n'importe quelles versions dans CVS.

J'ai alors découvert Maven 1, une sorte de Ant++ qui me permettait de standardiser mes builds, mes documentations et de partager mes traitements récurrents dans des plugins et mes librairies dans des entrepôts. Autre valeur ajoutée, il me proposait par défaut tout un tas de petits rapports bien sympathiques sur la qualité de projets. D'utilisateur, je suis devenu contributeur, et à force de harceler l'équipe de développeurs avec mes patchs sur le plugin de génération de la documentation en format PDF, je suis devenu commiteur (merci Emmanuel Venisse). Quelques temps plus tard, j'ai rejoint le comité de gestion du projet (PMC) ce qui me donna une responsabilité plus grande envers le projet.

J'ai essayé de contribuer autant que possible au projet, mais pas nécessairement uniquement sous forme de code, mais aussi en tant qu'évangéliste (je l'ai présenté maintes et maintes fois dans des conférences ou JUG). Je suis aussi coauteur d'un livre sur Maven en français écrit avec Nicolas De Loof.

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Ce livre a fait l'objet d'une critique de Romain Linsolas sur Developpez.com lors de sa sortie.

À quoi ressemblent tes journées de travail ?

Depuis que j'ai rejoint eXo je travaille 95 % de mon temps depuis chez moi. Les 5 % restants, je parcours le monde pour voir nos équipes dans leurs différents bureaux (Vietnam, Tunisie ou dans le passé en Ukraine).

Le télétravail me procure une grande flexibilité. Tout en faisant une journée de travail classique 9 h-18 h j'ai le temps d'emmener et récupérer les enfants à l'école. Contrairement à ma vie précédente de banlieusard où je ne voyais quasiment pas mes enfants durant la semaine, je peux désormais en profiter tout en gardant des horaires « normaux ». Occasionnellement je peux facilement décaler mes horaires pour gérer les loisirs des enfants, leurs rendez-vous médicaux ou m'occuper d'eux et laisser ma femme sortir.

Comme une grande partie de mes collègues sont essentiellement en Asie, je fais en sorte de me rendre disponible le matin pour leur apporter mon support et je profite de l'après-midi pour travailler au calme sur des projets internes.

C'est quoi être « Devops » ? En quoi cela te plaît-il ?

Nos entreprises sont souvent morcelées en des tonnes de services, de secteurs, de silos qui créent tout autant de freins pour rendre le véritable service à l'utilisateur final. Être Devops, c'est avant tout écouter les autres, et les aider à résoudre leurs problèmes sur toute la chaîne de production (de l'écriture du code à son déploiement en production).

Depuis quelques années nous avons vécu une remise en question de ces organisations. La mouvance agile a voulu fluidifier la relation entre le Product Owner, représentant du client et l'équipe de développement. Le Lean a mis en avance l'intérêt de travailler sur les flux de production et le Devops essaie d'abattre les murs qui existent entre les DEVs, la QA et les OPs. Il faut travailler la main dans la main et donc comprendre ce que chacun attend pour adapter les processus et outils afin de fluidifier toute la chaîne de livraison.

C'est ce que je fais chez eXo en travaillant avec nos équipes DEV/QA/OPS en essayant de leur offrir le meilleur outillage et en travaillant sur les méthodes et process qui permettent d'améliorer la qualité de nos livrables et la productivité de nos équipes.

On te croise assez souvent dans des JUG/conférences en tant que spectateur, mais aussi en tant qu'orateur ou membre du staff…

Effectivement, je suis un grand bavard et j'aime partager ce que je connais. Alors dès que j'en ai l'occasion, je réponds présent à divers événements (conférences, JUG, etc.). C'est aussi un palliatif au principal point négatif du télétravail : l'isolement.

Aussi quand l'équipe Devoxx m'a contacté il y a trois ans pour me proposer de faire partie de l'aventure Devoxx France j'ai accepté sans la moindre hésitation. C'est une expérience enrichissante et totalement différente de ce que j'ai pu faire auparavant.

On peut aussi te suivre en audio… C'est une autre aventure…

Oui, depuis plusieurs années j'interviens régulièrement sur le podcast « Les Cast Codeurs » qui traite de l'écosystème Java en particulier et de l'IT en général. Nous le co-animons avec Emmanuel Bernard, Guillaume Laforge, Antonio Goncalves et Vincent Massol. Chaque épisode est écouté par des milliers d'auditeurs francophones.

Cette activité est intéressante, car elle nous oblige à nous tenir au fait des actualités. De plus l'animation à travers un micro n'est pas toujours évidente (oubliez les slides et les gestes pour vous faire comprendre).

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Une partie des Cast Codeurs

Quels sont les technologies futures, les thèmes à venir qui t'intéressent, voire te passionnent dans l'environnement Java ?

Ce qui m'intéresse dans Java c'est avant tout la JVM et son écosystème. Avoir une telle plate-forme est sans précédent. Nous avons construit au-dessus des myriades de bibliothèques et nous voyons aujourd'hui émerger pléthore de langages qui ouvrent tout autant de possibilités pour traiter les différents problèmes soumis à l'IT.

Aujourd'hui l'enjeu n'est pas, à mon sens, de dire quel langage est mieux que l'autre, ou quel framework web est plus tendance. Tout est là, à portée de main et l'écosystème de demain sera encore plus riche que celui d'aujourd'hui. Ce qu'il faut savoir faire aujourd'hui, c'est choisir. Choisir le bon langage, la bonne librairie pour le bon usage et travailler pour que l'interopérabilité au-dessus de la JVM soit pérenne.

As-tu des passions en dehors de l'informatique ?

Oui, du moins j'essaie d'en conserver quelques-unes. Même si ça ne se voit pas, j'aime bien le sport et en particulier le VTT auquel je peux m'adonner pendant les pauses déjeuner.

Depuis tout jeune, je pratique le modélisme ferroviaire avec mon père et, désormais, avec mes enfants. Nous avons chez mes parents un petit circuit que nous prenons plaisir à entretenir et utiliser.

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Que penses-tu des communautés francophones, et notamment de Developpez.com. Quels sont leurs atouts, leurs manques ?

La communauté francophone est d'une manière générale dans l'IT très active. On peut le voir à travers l'implication importante dans les projets open source, mais aussi dans les forums, blogs et autres ressources disponibles en français sur la toile.

Le problème bien connu des Français est d'être fâché avec l'anglais et de ne pas toujours faire l'effort de s'y mettre. À mes débuts, comme beaucoup, j'ai recherché auprès de ces ressources francophones les questions à mes réponses.

J'y ai moi-même pas mal contribué justement en participant à la publication d'un livre sur Maven en français, en enregistrant les Cast Codeurs, en faisant le tour des JUG francophones ou en préparant DevoxxFR qui contient 75 % de sessions en français.

À l'écrit, par contre, j'ai rapidement limité ma présence sur les forums et même mon blog, j'essaie désormais de l'alimenter en anglais. La raison est avant tout le manque de temps, car il est vite difficile de passer son temps sur des forums en français quand on a déjà du mal à trouver le temps pour répondre aux utilisateurs des projets en anglais (avec une visibilité bien plus grande).

Je trouve qu'il est important d'entretenir cette communauté francophone comme peut le faire Developpez.com, mais il faut impérativement que les développeurs fassent l'effort nécessaire pour s'exprimer en anglais et ainsi être en contact avec les communautés anglophones qui centralisent d'une manière générale les ressources IT.

Penses-tu qu'il faille continuer à investir sur Java ? Quand on voit que le JavaScript monte en puissance…

JavaScript tourne sur la JVM, donc pas de problème pour moi :-) Je suis impressionné par l'évolution de JavaScript ces dix dernières années. Je me souviens encore de mes débuts où nos clients nous interdisaient d'utiliser JavaScript dans nos applications web pour des raisons de sécurité. Aujourd'hui il est juste impensable d'avoir une IHM Web sans la moindre ligne de JavaScript.

JavaScript est là et c'est bien parti pour durer même si lui aussi commence à avoir ses challengers comme DART and Co. C'est surtout un énorme écosystème qui s'est industrialisé et qui permet aujourd'hui de maintenir du code important sans grand risque.

JavaScript est cependant loin d'être parfait, le langage en premier. (Je rigole toujours autant en regardant la présentation WAT de Gary Bernhardt.)

Donc oui JavaScript comme Java ont encore une longue vie devant eux et je pense que le développeur d'aujourd'hui doit être capable de s'adapter aux tonnes de langages et d'environnements qu'il aura à maîtriser au cours de sa carrière. Nous ne devons jamais nous reposer sur nos lauriers et apprendre sans cesse pour rester à la page (et donc rester employable avec une forte valeur ajoutée…).

III. Devoxx France 2014

C'est quoi Devoxx, de ton point de vue ?

Ce n'est juste que LA conférence de référence pour tous les développeurs, du moins ceux qui gravitent autour de l'écosystème Java.

Et par développeur, je sous-entends tous ceux impliqués dans la production d'application. Je ne m'arrête pas à celui qui va coder les applications, mais aussi tous ceux qui vont intervenir dans leurs cycles de vie (QA, Ops…).

Quelles sont les particularités de l'édition parisienne ?

La grosse particularité de la version parisienne est de proposer au minimum 75 % de conférences en français.

Une fois de plus nous savons que la communauté francophone est très dynamique et nous cherchons à la rassembler dans cet événement où peuvent se côtoyer experts et juniors afin d'échanger sur les technologies d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Quels sont les thèmes de Devoxx France 2014 ?

Les thèmes retenus pour l'édition 2014 sont les suivants :

  • Java, Java EE, Java SE ;
  • Web, HTML 5 ;
  • Mobile ;
  • Cloud, Big Data, NoSQL ;
  • Agilité, DevOps ;
  • Langages alternatifs ;
  • Startup entrepreneuriat ;
  • Future[Devoxx].

Combien de présentations y aura-t-il ? Pour combien de speakers ?

En 2014, nous conservons la formule de l'année dernière. En 2013 nous avions environ 140 speakers pour 130 sessions (tous types confondus), sachant que très exceptionnellement des speakers font deux sessions et beaucoup plus souvent plusieurs speakers présentent une même session (surtout pour les ateliers et universités qui durent trois heures).

Peut-on s'attendre à rencontrer des rock stars ?

Bien sûr, mais je ne dévoilerai pas encore de nom… Comme l'année dernière, la conférence devrait accueillir 1400 personnes et parmi elles des références dans leurs domaines, soient-elles francophones ou non.

L'an passé, nous avions eu la chance de recevoir des personnes internationalement reconnues comme Matt Raible, James Ward, Josh Long, Martin Odersky et bien d'autres.

Cependant, les plus grandes surprises et les sessions les plus intéressantes viennent souvent de « Frenchies » pas tout le temps (re)connus et qui font un carton. Je me souviens des sessions de Sam Bessalah, Remy Forax ou encore Clarisse Herrenschmidt en keynote qui ont été d'énormes succès.

Quelle est la place des petits nouveaux ?

Les membres du comité font leur possible pour donner leur chance à un maximum de personnes. Nous ne savons que trop bien que ça n'est pas la notoriété du speaker qui fera obligatoirement la qualité de la session.

En s'appuyant sur nos réseaux et nos propres expériences en tant que participants, nous faisons un grand travail de vérification des références que nous communiquent les speakers dans le CFP (Call For Paper).

Nous ne mettrons jamais en keynote ou en session plénière un orateur qui ne nous donne pas ou peu de références. Par contre, nous pouvons lui offrir sa chance s'il veut venir présenter un outil lors d'un Quickie de quinze minutes.

Quel est le rôle des sponsors ?

Si la conférence a lieu chaque année depuis trois ans dans le format et avec les tarifs que les participants connaissent, c'est grâce aux sponsors qui renouvellent leur confiance chaque année. Les sponsors sont là pour faire vivre une conférence à laquelle ils croient en y contribuant financièrement.

En échange la conférence leur donne de la visibilité pour atteindre leurs propres objectifs : accroître leur notoriété, présenter/vendre un produit, recruter, etc. C'est donc main dans la main que nous travaillons avec les sponsors pour qu'ils contribuent à la conférence sans la dénaturer et que nous les aidons à en tirer le meilleur profit.

Quelle est la place des communautés (JUG, écoles, Developpez.com) ?

Les communautés sont l'ADN des conférences Devoxx qui se sont créées sur les succès des Java User Groups locaux. Il est donc tout à fait normal aujourd'hui que les communautés se joignent à nous et pour cela nous les aidons de diverses manières :

  • nous faisons des tarifs préférentiels pour les étudiants ;
  • nous invitons les communautés à se réunir lors des BOF (dans la limite des places disponibles) le jeudi soir lors de la soirée meet and greet ;
  • nous partageons avec Developpez.com les coulisses de l'événement comme je le fais à présent.

Les présentations sont filmées et diffusées sur Parleys. On peut donc les regarder au calme, rembobiner, faire des pauses. Quel est l'intérêt d'assister en vrai à Devoxx, hormis le fromage et le vin ?

LES GENS sont là en plus du contenu !!!! Vous avez déjà essayé de poser une question à Parleys ? Bien sûr que l'on peut voir le contenu des sessions sur Parleys mais rien ne remplace les contacts que l'on crée et les échanges que l'on a avec ces 1400 personnes !

Ce type d'événement est une véritable opportunité de créer des rencontres qui demain vous permettront de résoudre un problème (si vous saviez le nombre de personnes croisées sur des conférences que j'ai pu appeler à l'aide le jour J où tout va mal - et vice versa), ou de croiser le chemin d'un futur collègue.

Il y a aussi les orateurs avec qui l'on peut prendre un verre. En fait, beaucoup de gens mettent les présentateurs sur des piédestaux. Ce sont pourtant des gens simples qui aiment partager/discuter avec les autres. C'est d'ailleurs ce qui explique leur présence.

IV. Comité de sélection des présentations

Quel est le rôle du comité ?

L'organisation de Devoxx France est gérée par deux comités :

  • Le comité organisateur est composé de Zouheir Cadi, Antonio Goncalves, Nicolas Martignole et José Paumard. Ils gèrent tout l'aspect financier de l'événement (inscriptions, sponsors, facturation…) ainsi que les aspects logistiques qui découlent de la réception de 1400 personnes.
  • Le comité de sélection est composé chaque année d'une grosse dizaine de personnes et est en charge du contenu éditorial de la conférence.

Six mois environ avant la conférence, nous réunissons les deux comités pour définir la ligne éditoriale de la prochaine édition et déterminons les « tracks » que nous voulons mettre en avant.

Le comité de sélection va alors recevoir les propositions de sujets pendant à peu près deux mois (nous en avons reçu plus de 500 l'année dernière) et va challenger les orateurs pour finalement les retenir ou rejeter définitivement une quinzaine de jours après la fermeture du CFP.

Le comité de sélection va aussi accompagner les sponsors qui bénéficient d'une session pour qu'ils proposent quelque chose le plus en adéquation possible avec l'événement. Eux comme nous avons pour but d'offrir un contenu qui plaise et qui serve aux participants. Avoir des sessions vides (au mieux) ou alors des critiques négatives (au pire) sur les blogs et Twitter ne sert à personne.

Le comité de sélection se réserve aussi le « luxe » d'avoir une liste (très limitée, cela va sans dire) d'orateurs souhaités que nous invitons, car nous avons vraiment envie qu'ils viennent vous présenter quelque chose.

Parle-nous du processus de sélection des présentations, depuis la proposition initiale jusqu'à la programmation dans l'agenda.

Chaque postulant en tant que speaker à devoxxFR s'inscrit et soumet un draft (un brouillon) de sa proposition sur le site http://cfp.devoxx.fr. Une fois qu'il est satisfait, il valide sa proposition et le comité de sélection entre en jeu. Les membres du comité peuvent discuter avec le postulant pour avoir plus de détails, donner plus de références ou alors améliorer sa proposition. Les membres du comité peuvent aussi échanger entre eux pour partager leur point de vue sur la proposition.

Les membres votent ensuite pour les différentes sessions, ce qui nous permet de les classer dans l'absolu et de les sélectionner. Lorsque la sélection est faite, nous gardons une partie des propositions en « backup » au cas où nous devrions gérer des désistements et nous organisons l'agenda en équilibrant le contenu et en tenant compte des contraintes des orateurs.

Quels sont les critères de sélection que vous utilisez ?

Les membres donnent une note à chaque proposition en ayant en tête un certain nombre de critères comme :

  • Est-ce que le sujet de la proposition rentre bien dans la ligne éditoriale (représentée par les tracks) de la prochaine édition de Devoxx ? Vous auriez beau vous appeler Paul Bocuse et nous proposer une session sur comment cuisiner le saucisson lyonnais que vous n'obtiendriez pas une bonne note pour le CFP Devoxx pour cause de hors sujet.
  • Quelle valeur apporte le contenu aux participants ? Est-ce que vous leur présentez quelque chose d'utile et concret qu'ils pourront mettre en pratique dès le lundi suivant ? Est-ce que votre session ouvre les yeux sur des « technologies » qui pourront devenir indispensables dans quelques mois, années ?
  • La qualité d'orateur du postulant. Nous nous rapprochons dans ce cas des personnes ayant déjà pu le voir sur scène et nous regardons les vidéos disponibles sur le net pour nous faire une idée. Cela ensuite a une incidence plus ou moins importante sur la note en fonction du type de présentation (nous nous autorisons à prendre plus de risques sur des quickies de quinze minutes que des universités de trois heures par exemple).
  • La présentation a-t-elle été déjà vue en France, JUG ou autres événements similaires à Devoxx) ? Il est conseillé d'avoir testé la présentation à quelques occasions (JUG, etc.), mais il ne faut pas non plus qu'elle ait été jouée 36 fois.
  • Et enfin une pondération vis-à-vis des autres présentations similaires.

Une fois le CFP fermé nous nous rencontrons plusieurs fois pour sélectionner les heureux élus. Nos choix se basent alors sur les notes obtenues par les propositions, mais aussi sur d'autres critères comme :

  • équilibrer la répartition des sessions en fonction des tracks et équilibrer les contenus (éviter les redondances, etc,) ;
  • privilégier la diversité des intervenants ;
  • intégrer les slots des sponsors.

Que devient ta vie professionnelle, ta vie de famille (avec femme et enfants) durant ce long processus ? Il doit y avoir de la vaisselle brisée…

Cette activité nous prend pas mal de temps et pour ma part les nuits sont un peu plus courtes que d'ordinaire. L'année dernière nous avions calculé qu'en ne passant qu'une minute par proposition soumise (ce qui n'est pas possible si on prend le temps de la lire, de se renseigner, de discuter, voter, etc.) il nous fallait déjà 9h par personne pour toutes les traiter.

Personnellement il m'est impossible de caser cela sur du temps professionnel, alors ce sont mes longues soirées d'hiver au coin du feu de cheminée (que je n'ai pas) que j'investis dans la sélection des sessions. Ma femme étant blogueuse (cf. ses blogs www.bonbonbisous.com et www.newkidsonthegeek.com), elle y passe aussi une partie de ses soirées et donc on y trouve un équilibre…

Qu'avez-vous retenu de la version 2013, et que comptez-vous en tirer pour 2014 ?

Que la version 2013 ne s'était pas trop mal passée et que nous allions recommencer :-) Les quelques ajustements par rapport à l'année 2012, comme l'après-midi des décideurs, ont été très bien accueillis. Nous allons donc reprendre le même type d'organisation et nous veillerons simplement à éviter les quelques écueils de l'année dernière, comme les salles trop pleines le jeudi après-midi…

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Arnaud Héritier court dans le couloir du Marriott à Devoxx France

Plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur déception de n'avoir pas été retenus sur les éditions précédentes (i.e. 2012-13) et, surtout, de ne pas avoir eu d'explication. Prévoyez-vous d'y remédier, si c'est physiquement possible ? Allez-vous donner une explication, même courte, pour les sujets non retenus, permettant aux malchanceux de faire une meilleure proposition pour Devoxx 2015 ?

On aimerait, bien sûr, mais cela n'est pas simple. Cette année, grâce à un nouvel outil développé par Nicolas Martignole, nous devrions plus facilement pouvoir communiquer avec les postulants pour les orienter dans une meilleure voie. Mais tout cela demande aussi beaucoup de temps de notre part alors nous essayons d'aller au plus efficace. Nous essayons de sauver ce qui peut valoir le coup de l'être.

Les années précédentes nos notes allaient de 0 à 5 et, compte tenu du volume de propositions, je crois qu'on éliminait directement toute proposition en dessous de 4.

Entre 4 et 4,8 il y avait alors beaucoup de choix difficiles et, pour les perdants, pas de véritables raisons si ce n'est notre feeling et des contraintes organisationnelles ou éditoriales (deux bonnes sessions sur un même sujet, trop de bonnes sessions dans un track…).

Comment nos lecteurs peuvent-ils proposer un talk ?

En se rendant d'ici fin janvier sur http://cfp.devoxx.fr

Je vous conseille de le faire le plus tôt possible, car cela vous permet d'échanger avec le comité de sélection pour lui « vendre » votre session.

À la fin de la période, souvent, le nombre de soumissions explose et malheureusement de notre côté nous n'avons pas plus de temps libre donc vous avez moins de chance que nous ayons le temps de challenger votre proposition.

Pouvez-vous donner quelques conseils simples à suivre lors de la soumission d'un talk ? Par exemple, vaut-il mieux proposer un titre sexy ou un titre clair ?

Il est important que votre proposition (sujet et résumé) soit claire et mette en avant ce que le participant va en tirer. Gardez le fun, le sexy pour le jour de la présentation si vous voulez. Mettez des bisounours ou des petits poneys sur vos slides et venez habillé en éléphant rose si cela vous aide à mieux faire passer votre message.

Il faut d'abord convaincre le comité de vous choisir et si vous l'êtes il faudra ensuite que le titre et le résumé de votre session donnent envie aux participants de venir vous voir. N'oubliez pas que même si nous vous sélectionnons cela ne vous garantit pas d'avoir une salle pleine.

Y a-t-il des points éliminatoires ?

Non, je pourrai même voter en faveur de sessions parlant de Gradle ou de Hudson !! (Je plaisante pour Hudson.)

Plus sérieusement, il y a deux ou trois trucs qui énervent par exemple :

  • Mettre 23 propositions sur 23 sujets, car nous essaierons de ne pas avoir le même speaker plusieurs fois.
  • Mettre trois fois la même proposition sous trois formats différents. Le format fait partie du choix, ensuite nous pouvons vous inviter à changer si l'on ne trouve pas votre choix adéquat.

Sinon, nous nous efforçons de ne pas avoir de préjugé et le fait que nous soyons une petite quinzaine avec des profils différents nous permet de facilement lisser les avis.

V. Conclusion

Quels sont les sujets que tu attends particulièrement concernant les présentations à Devoxx ?

Cette année il faut s'attendre à du JEE7 et du JavaSE 8 comme sujets de fond. J'espère aussi que l'on fera rêver avec la track Devoxx[Future]. Et enfin, j'ai envie que l'on continue à révolutionner notre IT avec la track Devops/Agile donc je suis le track leader. Pensons à l'utilisateur en premier et rendons-lui service TOUS ENSEMBLE.

Pour finir, un petit mot pour encourager les lecteurs à assister à Devoxx France 2014 et/ou soumettre une proposition de présentation ?

Comme dirait l'autre, 100 % des gagnants ont tenté leur chance. Alors, sincèrement venez nous parler de ce que vous aimez. Et bien sûr, inscrivez-vous même si vous ne présentez rien, car l'ambiance et l'échange culturel qui se produit sur ce genre d'événement dépassent de loin ce que vous pouvez connaître à la machine à café du boulot.

À ton avis, faut-il assister à cette grande manifestation tous les ans ? En effet, ça a un coût, en euros (prix d'entrée, jours non facturés), mais aussi en fatigue, car ce sont trois jours vraiment intenses.

Cela devrait être OBLIGATOIRE. Avant d'y voir un coût, il faut y voir un investissement tout comme cela peut l'être pour des formations ou même votre matériel informatique que vous utilisez tous les jours.

Il faut impérativement mettre dans la balance le gain obtenu en se rendant à ce type d'événement. Pour peu que vous aimiez votre métier et que vous souhaitiez vous épanouir dans ce domaine, je trouve qu'il est vital de rencontrer sa/ses communauté(s) régulièrement pour se remettre en perspective de ce qu'il se passe ailleurs.

Aussi bien que soit votre emploi actuel, il est bénéfique autant pour vous que pour vos employeurs de découvrir d'autres choses et, en seulement trois jours, vous avez une perfusion hyperconcentrée de rencontres, d'échanges et d'idées.

De plus vous pouvez demander à votre entreprise d'utiliser votre DIF (Droit Individuel à la Formation) pour payer cette formation ce qui peut vous faciliter la négociation avec votre employeur.

Peux-tu nous donner un petit scoop ?

Ah ah ah c'est une surprise… Cette année nos quatre organisateurs nous feront le plaisir de vous accueillir à la keynote à la manière d'un groupe célèbre des années 60. Indice : ici, Come together

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VI. Remerciements

L'équipe de Developpez.com se joint à moi pour remercier chaleureusement Arnaud Héritier pour sa participation à cette interview.

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Arnaud Héritier

Plus spécifiquement en ce qui concerne cet article, je tiens à remercier l'équipe de Developpez.com et plus particulièrement Mickael Baron, Nicolas, Romain Linsolas, Philippe Duval et Fabien.

VII. Annexes

VII-A. Liens

Blog d'Arnaud : http://aheritier.net/

Retrouvez les interviews réalisées pour les éditions 2012, 2013 et 2014 de Devoxx (France et Belgique) :

VII-B. Liens perso

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